6 juillet 2055 – Humains, Humaines, le futur est sombre, et je le sais car j’en viens.
Et pourtant… Il aurait pu être différent. De nombreux chercheur.euses proposaient des alternatives à la fuite en avant de la croissance capitaliste.
Parmi eux, Timothée Parrique, l’auteur de Ralentir ou périr. C’est sur son livre que je vais m’appuyer pour vous parler de ce que nous aurions dû faire, depuis le début : décroître. Mettre en place la décroissance de nos économies jusqu’à l’établissement d’une société de post-croissance pour laquelle tout reste à réfléchir.

En 2025, vous aviez depuis longtemps déjà identifié que la croissance n’était pas viable. Y compris ce qu’on nous présentait comme une “croissance verte”, supposément plus soutenable que les autres.
Décroissance et post-croissance – de quoi parle-t-on ?
Dans le futur qui est le mien, la croissance a été défendue coûte que coûte, aux dépens du monde non humain, et pour une grande part, aux dépens des humains aussi. A force de nous faire croire que toute alternative nous mènerait à la catastrophe… c’est précisément la croissance qui a fini par nous propulser en pleine dystopie…
La décroissance pourtant constituait un l’autre chemin possible. Un chemin écarté un peu vite alors qu’il aurait pu nous mener vers une cohabitation sereine dans le respect des limites de notre planète.
La décroissance, selon Timothée Parrique, c’est “une réduction de la production et de la consommation pour alléger l’empreinte écologique planifiées démocratiquement dans un esprit de justice sociale et dans le souci du bien-être1”.
La décroissance, c’est donc un chemin de transition vers une société de post-croissance, qui viendrait remplacer l’actuelle société de croissance. Une société associée à “une économie stationnaire en relation harmonieuse avec la nature où les décisions sont prises ensemble et où les richesses sont équitablement partagées afin de pouvoir prospérer sans croissance2”.

Une réduction de la production et de la consommation…
La réduction doit viser en priorité les activités néfastes ou inutiles. Les avions Paris-Londres et leur empreinte carbone absurdement élevée au kilomètre. Les pipelines qui fuient dans des réserves naturelles en Afrique dont on expulse les habitants sans le moindre ménagement, et même avec violence3. Tous ces objets inutiles et vite jetés qui n’auraient jamais dû exister.
Nous avons déjà trop de choses ! En France, 44% du revenu national suffirait à faire vivre tout le monde confortablement si on le répartissait bien. Ce qui implique certes pour certains de renoncer à leurs privilèges. Mais peut-on vraiment décemment goûter à ces privilèges quand d’autres en paient le prix en étant mal logés ou mal nourris ?
Dans une société de post-croissance, il faudra réapprendre à se contenter de moins, dans un esprit de sobriété. Moins de toutes ces choses inutiles qui nous encombrent. Moins d’ultra vitesse aussi. Aller de Paris à Marrakech prendra 30h, entre train et bateau. Mais dans une société où l’on pourra vraiment tous s’accorder ce temps, n’est-ce pas une belle manière de profiter du chemin autant que de la destination ?
Car consommer moins permettra de produire moins. Et donc de travailler moins. Du temps libéré pour retrouver des plaisirs plus authentiques : lire un livre dans un parc, passer du temps avec les personnes qu’on aime ou découvrir le monde.
Ce changement devra être pensé de manière à ce que personne ne se retrouve lésé ou démuni. La production devra donc être répartie de manière juste. Ce qui implique aussi d’en finir avec l’aberration qu’est la publicité : nous savons tous très bien de quoi nous avons besoin. Attiser des désirs artificiels ne fait que peser davantage sur les limites planétaires.
…pour alléger l’empreinte écologique…
L’objectif derrière la réduction de la production et de la consommation, c’est d’alléger notre empreinte écologique. Car in fine, la prospérité de l’économie est liée à la prospérité de l’écologie. “Du strict point de vue physique, l’économie ne produit pas et ne consomme pas, elle ne fait que transformer. (…) La taille de l’économie ne doit pas dépasser les capacités de régénération des ressources naturelles qu’elle consomme ni les capacités d’assimilation et de recyclage des écosystèmes dans lesquels elle rejette ses déchets4”. Voilà la boussole des choix qui sont à faire pour organiser la décroissance : l’indicateur doit être non plus le profit, mais la soutenabilité écologique.
Et pour que la décroissance soit efficace, il faut faire décroître en priorité la production des biens et des services qui ont à la fois un fort impact écologique et une valeur sociale faible. La voiture, le chauffage au gaz et au fioul, l’élevage industriel, l’aviation, la construction, les activités militaires.
Certaines de ces productions devront être remplacées par des alternatives plus respectueuses des limites planétaires : on continuera à se déplacer, mais plutôt en transports en commun à faible empreinte carbone. D’autres productions sont carrément dispensables, ou peuvent en tous cas être très fortement réduites.
Et la bonne nouvelle, c’est que “La tâche est plus facile qu’on ne le pense parce que la charge écologique est fortement concentrée géographiquement. Par exemple, 71% des émissions mondiales peuvent être rattachées à seulement 100 entreprises, principalement dans le secteur de l’extraction d’énergie, et les 20 entreprises les plus polluantes causent un tiers de ces émissions. Même situation pour d’autres pressions. En 2019, seulement 20 entreprises sont responsables d’un peu plus de la moitié des déchets plastiques sur la planète.5”
…une planification démocratique…
Insulte suprême au marché, que ce terme de planification. Pourtant l’idée est bien pratique quand on veut décider où on va aller et comment. Et puis “démocratiquement” étant un critère, la concertation avec la société est indispensable. Elle doit être organisée à l’avance par les pouvoirs publics et les parties prenantes de l’économie selon un plan.
La décroissance telle qu’on l’envisage n’a strictement rien à voir avec la récession. La récession, c’est de diabolique ralentissement de l’activité économique. Elle se traduit par une contraction non désirée du PIB. La décroissance n’a rien à voir non plus avec l’effondrement qui nous attend le jour où la croissance se cognera aux os du cadavre de la planète qu’elle dévore.
Et cette planification de la décroissance est d’autant plus nécessaire que le système capitaliste n’est pas conçu pour décroître. Et ceux qui en profitent le plus risquent de rechigner à faire passer d’abord l’intérêt de la vaste majorité.
Cette planification n’est qu’une contre-proposition face à une autre forme de planification de la production : celle qui est faite par les entreprises avec pour objectif le profit. Car oui, “ce sont les grandes entreprises qui décident quoi produire, avec l’accompagnement de l’Etat qui facilité ouvertement l’expansion du champ économique au sein de la société6”
Comment faire pour planifier autrement ? Je ne ferai ici qu’effleurer le sujet mais on peut penser à des nationalisations, à des protocoles de fermeture, de démantèlement et de reconversion de certaines industries. Le tout en abandonnant l’idéologie de la compétitivité pour la remplacer – soyons fous – par un but commun.
…dans un esprit de justice sociale et dans le souci du bien-être
Chacun d’entre nous est responsable par rapport à la situation actuelle, mais pas de la même manière. La planification de la décroissance différenciera selon les situations.
Ainsi, les plus privilégiés (et là on parle aussi bien des pays que des individus) devront réduire leur production et leur consommation.
A contrario, certains pays et certaines personnes recevront de l’aide afin de faire croître leur production et leur consommation, jusqu’à avoir assez pour vivre décemment. C’est de la redistribution, en somme.
Après tout ça, on ne s’en portera pas plus mal. Moins de pollution. Des services publics de qualité pour tous, gérés localement et démocratiquement. La gratuité pour les biens essentiels. Davantage de partage entre voisins et moins de gaspillage. Moins de pauvreté et d’inégalités. Le moins c’est parfois mieux finalement. Ca nous rendra même plus résilients face aux chocs…
Conclusion
Voilà le chemin que propose la décroissance, une décroissance qui nous amènera dans un monde respectueux des limites de la planète autant que des besoins de chacun. Vers un monde de post-croissance. Vers une société où l’économie devient enfin compatible avec la nature, les décisions collectives, et le partage des richesses.
Mais la route est longue et sinueuse, et il y en a des choses à repenser ! Vous voulez en savoir plus ? Parler travail, démocratie et loisirs créatifs à base de mots ? Vous êtes au bon endroit ! Abonnez-vous à la newsletter et allez jeter un œil à mes vidéos.
- Ralentir ou périr, Timothée Parrique, Editions du seuil, septembre 2022 ↩︎
- Ibid ↩︎
- https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/09/19/en-ouganda-la-repression-contre-les-opposants-au-projet-de-totalenergies-se-poursuit_6190020_3212.html ↩︎
- Ralentir ou périr, Timothée Parrique, Editions du seuil, septembre 2022 ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
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